L’agriculture tchèque en quelques lignes...

mardi 29 avril 2008, par Julien & Sylvestre


La République Tchèque, un pays d’Europe Centrale

Quelques données géographiques

Cet État d’Europe Centrale est constitué de deux régions : la Bohême à l’Ouest et la Moravie à l’Est. Le climat y est continental et les altitudes sont comprises entre 300 et 600 m. Les hautes terres sont propices à l’élevage et à la forêt, alors que les zones basses sont des pays à blé et à betterave sucrière.

JPEG - 99.6 ko

Démographie

La population de la République Tchèque, estimée à 10,3 millions d’habitants en 1998, est composée de Tchèques (81,4 %), mais aussi de Moraves (13,4 %) et de Slovaques (3,2 %) (chiffres de 1995). Les 13 principales agglomérations ne concentrent que 35 % de la population totale : parmi elles, Prague, la capitale, compte 1,5 million d’habitants en 20043 [1] [2].

Economie

La République Tchèque est un pays industriel qui attire les capitaux étrangers (Toyota, BMW, etc). 40,5% de la population active est employée dans l’industrie en 2003. Il y a un véritable fossé économique entre Prague (25% du Revenu National Brut pour 11% de la population du pays) et le reste du pays. Cette tendance s’amplifie et on constate les mêmes types d’écarts pour le chômage qui était de 6,1% en 2006 [3]. Le salaire mensuel brut moyen est de 16722 couronnes tchèques (kč) (soit environ 530€, 1€ = 27,5kč environ [4]) contre 2440€ en France [5]. La moyenne des salaires agricoles est plus faible (suivant nos sources entre 10500 et 16000kč) que la moyenne nationale [6].

Données agricoles

Histoire

Au début du vingtième siècle, la République Tchèque est parmi les 10 pays les plus riches de la planète grâce à son industrialisation précoce. Les exploitations agricoles sont de petite taille et très nombreuses, et ont souvent un rôle de semi subsistance. Suite au coup de Prague de 1948, le gouvernement devient entièrement communiste. La nationalisation des biens de production entamée en 1945 concerne aussi le secteur agricole : toutes les exploitations de plus de 100 ha ainsi que les terres confisquées aux allemands installés dans le pays deviennent des fermes d’Etat. Lors d’une seconde étape, des coopératives sont créées pour rassembler les terres restantes. Ainsi en 1964, l’Etat possède 20% des terres agricoles. 77% appartiennent à des coopératives et il subsiste 3% de surface privée [7].

Des années 1960 à la fin des années 1980, l’exploitation agricole s’intensifie peu à peu notamment grâce à l’apparition des pesticides qui ont été massivement utilisés, polluant par la même certains sols très gravement. Le peu de fertilisants utilisé participe à l’appauvrissement des sols observé à la chute du régime. En 1989, la population se soulève contre les dirigeants du parti et provoque la chute du régime communiste. Au niveau agricole, les parts des coopératives sont restituées en fonction de l’apport initial au moment de la collectivisation (en terres, en matériel, ou encore en bétail). Certains membres décident de continuer en coopérative, d’autres de créer une exploitation familiale ou de céder leurs parts. Les fermes d’Etat sont revendues. La réforme n’est cependant pas terminée aujourd’hui. Des demandes de restitutions sont encore en cours, et des milliers d’hectares doivent toujours être privatisés. Les exploitations agricoles sont encore très endettées par comparaison aux autres pays européens, et l’Etat est intervenu notamment en transformant les dettes en prêts gratuits. Les barrières à la restructuration qui persistent sont de diverses origines : institutionnelle, marché foncier, les propriétaires des terres sont rarement les exploitants (92% des surfaces agricoles sont louées [8] ce qui n’incite pas à l’investissement), marché du travail, transformation des terres arables en prairies, fragmentation des lobbies agricoles, etc.

Géographie et économie agricoles

Les cultures principales sont les céréales (orge, blé, maïs) pour une production de 8,8 millions de tonnes, les betteraves sucrières (3,5 millions de tonnes), et enfin fruits, légumes, racines et tubercules pour un total de 1,8 millions de tonnes. A ces cultures s’ajoute une production de viande de 750 000 tonnes et de lait de plus de 2,6 millions de litres. Enfin les oléagineux (principalement colza) représentent une production de 823 milliers de tonnes sur plus de 10% de la SAU [9].

La balance commerciale agricole est négative en 2004, avec des exports agricoles d’une valeur totale de plus de 2,5 milliards de dollars contre des imports représentant plus de 3,9 milliards de dollars. Les principaux produits importés sont avant tout des produits alimentaires transformés et du soja en provenance d’Allemagne, de Slovaquie et de Pologne, alors que la République Tchèque exporte surtout du sucre, des produits transformés, de la bière et de l’orge vers la Slovaquie, l’Allemagne et la Pologne [10].

Typologie actuelle des exploitations

Il s’agit d’une agriculture de grandes exploitations, héritée des organisations collectives et des fermes d’État : 80% de la production est aujourd’hui assurée par des fermes qui cultivent plus de 1000 ha. Les coopératives exploitent 25% du territoire et constituaient 29% des exploitations en 2000 [11] [12]. Les sociétés par action et les sociétés à responsabilité limitée représentaient alors chacune 22% des exploitations pour un pourcentage total des surfaces cultivées de 45,5%. Les exploitations familiales se partagent 24,4% des surfaces et représentent 27% des exploitations pour une taille moyenne de 30 ha [13], mais qui varie entre 1 et 2000 ha [14]. On constate de grandes disparités d’efficacité économique entre exploitations, mais il est difficile de dire quelle forme est la plus performante notamment car la production de biens publics n’est pas prise en compte.

La PAC

Selon un document d’analyse de la Commission Européenne datant de 2002, même sans les paiements directs, les agriculteurs tchèques auraient vus leurs salaires augmenter avec l’adhésion de leur pays à l’UE. Si les tchèques recevaient les mêmes paiements directs que dans l’Europe des 15, leur salaire serait de deux à trois fois plus élevé que la moyenne nationale. Les agriculteurs que nous avons rencontrés regrettent généralement cette différence qu’ils perçoivent comme une injustice. En outre, il y a un fort potentiel de développement agricole puisque 25% de Paiements Directs semblent suffisants pour maintenir des résultats économiques moyens tout en poussant à la restructuration. Des doutes subsistaient cependant sur la capacité à concourir avec les agriculteurs des anciens pays membres. Les paiements directs augmentent chaque année pour atteindre 100% du niveau des aides de l’UE 15 en 2013. En Tchéquie, 70% du soutien est attribué au marché et 30% au développement rural, contre respectivement 90% et 10% dans les anciens Etats membres [15]. La Commission Européenne considérait que la Tchéquie avait « un bon niveau de préparation à l’adhésion », sauf en matière vétérinaire [16]. Pour les agriculteurs tchèques, après 10 ans de gestion libérale, la PAC est un système complexe et bureaucratique. Ils en attendent cependant des aides, des prix stables et une meilleure

Notes

[1] Encyclopédie Hachette Multimédia, Edition 2000

[2] UE Elargissement, Conseil Européen des Jeunes Agriculteurs, décembre 2004

[3] Site officiel de la République Tchèque, www.czech.cz

[4] www.centreeurope.org, consulté le 21/05/2007

[5] www.journaldunet.com, consulté le 22/05/2007

[6] Interview de Tomaš Petana, conseillé du Président de la Chambre d’Agriculture Tchèque, réalisée le 12/05/2007 par Julien Halska

[7] Michel Deshaies (2005), Espaces et Sociétés Slaves, Ellipses, Carrefours, Paris, 145p

[8] Czech Agriculture and EU Accession, Tomáš Doucha, Research Institute of Agricultural Economics Prague, diaporama

[9] Statistique FAO 2004

[10] Statistique FAO 2004

[11] Czech Agriculture and EU Accession, Tomáš Doucha, Research Institute of Agricultural Economics Prague, diaporama

[12] Ministère de l’Agriculture Tchèque de l’Agriculture, Green Report 2005, www.mze.cz

[13] Cerniaut (2003), Une Agriculture Tchèque à Grande Echelle, Transrural Initiatives, n°251

[14] Czech Agriculture and EU Accession, Tomáš Doucha, Research Institute of Agricultural Economics Prague, diaporama

[15] Czech Agriculture and EU Accession, Tomáš Doucha, Research Institute of Agricultural Economics Prague, diaporama

[16] European Commission – Directorate General For Agriculture and Rural Development (2005), Implementation of the CAP Reform in the Member States



 
 
Répondre à cet article

modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)

 
Espace privé | Site réalisé avec SPIP SPIP et des logiciels libres (GNU) par Yannick .